Deux ans.
C'était
le Mercredi 7 Juin 2006, première fois que
j'ai écouté le calme des écuries, entendu seulement les oiseaux
chanter, tiré un premier trait sur ces neuf années de club, mais
surtout, première fois que j'ai vu ce Gros Poney qui m'aura enchantée,
enchantée plus que tout.
Qui m'aura rendue tellement, tellement heureuse.
Il s'est passé un nombre incalculable de moments
extraordinaires que je ne pourrais jamais oublier. Des débuts
laborieux, mais tellement enrichissants. Deux années de progression
lente, aboutissant à quelque chose que je ne pourrais même pas
expliquer.
Car comment expliquer, comment dévoiler ce
sentiment qui mêle à la fois bonheur, amour, admiration, fierté,
confiance, subtilité, travail, difficultés, tendresse, joie.
C'est un sentiment que je n'ai jamais retrouvé nul
part ailleurs qu'en équitation, nul part ailleurs qu'avec Rebel. Je
sais que tout cela parait presque puéril, comme une gamine à qui l'on
offre une poupée de chiffon et qui en serait obsédée au point d'y penser
à chaque seconde de temps libre, une poupée qui occuperait une place
démesurée par rapport à ce qu'elle semble être. Semble être. Aux yeux
des personnes extérieures, ce n'est pas grand'chose, juste un
passe-temps, un loisir. Mais pour moi, cette poupée de chiffon qui
porte le nom de Rebel n'est pas juste une poupée de chiffon. Ce n'est
pas juste un poney. Ce n'est pas juste une activité. Ce n'est pas juste
me dire "je fais du cheval". C'est un lien au-delà de mots, au delà des
phrases. C'est cette sensation qui te prend aux tripes, qui devient une
partie de ton corps, essentielle à ton équilibre, oui, une
drogue en quelque sorte. C'est un bonheur inexprimable, aussi pur et
simple que complexe. Une mise à nu, une mise au jour. La découverte de
sensations et de sentiments qui n'existent que lorsque nous galopons à
cru à travers les champs, sans autre liaison que celle du
corps-à-corps. Sans artifice. Sans sourire qui sonne faux, sans
sous-entendu. Avec Lui c'est juste comme ça.
Il me donne tout,
je lui donnes tout. Mais tout ça, ça ne se fait pas avec un petit
claquement de doigt. C'est quelque chose de long, aussi long que
profond. On ne s'imagine pas de ce que peut-être la confiance entre un
cheval et son cavalier quand on ne ressent pas soi-même cette
confiance. Et pourtant je sais que je suis loin de cette confiance
totale, je
sais qu'il y aurait encore beaucoup de voies à explorer. Pourtant, si
quelqu'un m'avait dit il y a deux ans que tous les deux seuls
entre les prés, je lancerai Rebel au galop, lâchant les rênes, sentant
toute sa force, cette force
tranquille, m'emmener dans un monde qui ne ressemble qu'à un rêve, je
lui aurais simplement rigoler au nez. Car au-début, il y a la raison.
La
raison qui te dis que cela peut s'avérer dangereux, qu'il ne faut pas
prendre de risque. Et puis au bout d'un temps, il y a la passion,
simplement la passion et le plaisir. Brutes et foudroyants, qui
prennent le dessus sur tout. Ces sentiments irraisonés
qui te font faire ces actes que tu pensais impossibles. Tu dépasses
toute forme de réflexion pour te laisser emmener dans une sensation, tu
cesses d'écouter ton cerveau pour laisser s'exprimer ton coeur. Guidé
par le ressenti, tu abandonnes toute sorte de raisonnement logique et
rationnel pour te laisser emmener dans un monde qui devient juste un
paradis.
Tu vois, Rebel, ces deux ans passés à tes côtés m'auront permis de comprendre ce que l'on appelle vraiment équitation.
Ce n'est pas un sport, ce n'est pas un loisir, ce n'est pas un
passe-temps. Non. C'est une manière de vivre, une façon de voir la vie,
différente, plus profonde, plus intense. J'ai compris tellement de
chose depuis. J'ai réfléchi, j'ai grandi, j'ai muri. Il n'y pas de mots
pour décrire cette relation qui s'établit entre le cheval et son
cavalier. « Avec Lui, c'est juste comme ça. Il me donne tout, je lui donnes tout ». Et je n'oublierai rien, rien, rien.
Et
ce que l'on pourrait qualifier autant de pire que de meilleur, c'est
que tout ça, ce n'est pas partageable. Il y a ces moments d'incroyable
lien d'intimité inviolable entre cheval et cavalier qui ne sont pas
compréhensibles une seule seconde. Ce n'est même imaginable. Deux ans
passés à répéter ce dialogue incessant : « Alors, ça c'est bien passé
avec Rebel? - Oui, oui, très bien. » Mais que pouvais-je dire de plus?
Que pouvais-je exprimer avec autant de puissance que ces sensations que
j'éprouve à tes côtés, Rebel? Comment faire comprendre cette jubilation
intérieure si forte? Il est impossible de transmettre ce vécu.
Impossible à décrire, impossible à imaginer, impossible à extérioriser.
C'est ce qui en fait à la fois la magie et l'horreur. Vivre ces
instants de silence alors qu'au fond de moi, je hurle de joie, je hurle
de vie, je hurle de bonheur. C'est dur, parfois. Mais c'est beau,
souvent.
Je
souhaite à quiconque de vivre un bonheur profond, intense, et infini
tel que je l'ai vécu pendant ces deux années. Je sais, c'est redondant
et lourd, et c'est vrai, j'avais raison, je suis incapable de mettre
des mots sur tout ça. Incapable de décrire avec justesse l'exaltation
de cette passion qui monopolise mes pensées, mes actes, qui coule dans
mes veines et ne me quittera plus. Incapable de vous faire comprendre
que je ne suis pas folle, mais que c'est quelque chose de terriblement
plus fort que tout autre élément de ma vie. C'est égoïste de dire ça,
je sais, mais c'est la vérité.
C'est juste merveilleux. Il faut le vivre.
Le vivre jusqu'aux larmes, le vivre jusqu'à l'épuisement, le vivre jusqu'au bout.
Mais le vivre.
Et
à relire tout ça, je me rends compte qu'en plus de n'avoir toujours pas
réussi à exterioriser la passion dévorante qui m'emplit, j'en ai oublié
le principal:
Rebel, tout simplement, merci, merci, merci.
Pour tout ce que tu m'as apporté, pour tout ce que tu m'as fait vivre, pour tout ce que tu m'as fait comprendre, merci.
Pour ton hénissement, pour ton regard, pour ton amour, merci.
Pour tous ces moments gravés à jamais en moi, merci.
Merci.

Profiter de ces deux dernières semaines.
Et ne jamais, jamais oublier.
Libres Expressions
1. lolabreizh le 07-06-2008 à 16:42:40
Très bel hommage... Amitié
2. lucillle le 07-06-2008 à 17:58:40
j'avoue belle dcélaration d'amour...dommage que rebel ne sache pas lire... =)
3. Flopi le 08-06-2008 à 21:10:10
Ce que tu décris,c'est ce que j'aurais aimé pouvoir exprimer il y a un peu plus de 2 ans, quand Orsery hantais alors mes reves et mes plus belles journees de vacances. Tout ça sans n'avoir jamais posé les fesses sur son dos.
4. morry le 08-06-2008 à 22:23:29
tu applique décidemmenbt bien le proverbe cher à ton coeur: "ne pleurt pas parcequ'une chose est finie mais sourit parcequ'elle est arrivée"
5. pomme-verte le 09-06-2008 à 15:11:50
c'est juste magnifique ! mais qu'est il arrivé a rebel ??? pk tu ne le verra plus ?!
6. Leshaya le 09-06-2008 à 23:37:44 (site)
Tu dois être la seule personne au monde à si bien écrire ce que je ressens vis à vis des chevaux. A chaque fois.
Tu trouves toujours les mots, même si tu dis que non, y'a toujours les bons mots, avec l'émotion derrière...
Trop forte tu es, jeune padawan!